CITES, 11 mars 2013 | Fondation Brigitte Bardot
le poisson-scie d'eau douce
le poisson-scie d'eau douce
L'aileron des requins marteau est triangulaire
L'aileron des requins marteau est triangulaire
Vider les océans et mettre en péril les écosystèmes marins pour ça... c'est désespérant, révoltant !
Vider les océans et mettre en péril les écosystèmes marins pour ça... c'est désespérant, révoltant !
Requin marteau
Requin marteau
raie manta
raie manta

CITES, 11 mars 2013

L'avenir du requin longimane, de 3 espèces de requins marteau, du poisson-scie d'eau douce et de la raie manta s'annonce sous de meilleurs hospices grâce aux votes de ce 11 mars.

Le requin Longimane

Le Brésil, la Colombie, et les États Unis proposent d'inscrire cet animal à l'annexe 2 (proposition 42). Avec un délai de mise en application de 18 mois pour permettre au pays de résoudre les problèmes techniques et administratifs.
Ce requin ne vit qu'au grand large et ne vient jamais vers les côtes. Il est particulièrement vulnérable à la surexploitation car il a une faible productivité et une maturation lente. Le commerce des ailerons dont la valeur peut atteindre 45 a 85 dollars US le kg, a entrainé une chute de son effectif de 86% depuis 15 ans, allant jusqu'à 99% dans le Golfe du Mexique.
Entre 220.000 et 1.200.000 d'ailerons de requins ont été commercialisés en 2000. Sachant qu'ils ne représentent que 2% du poids total de l'animal, on mesure le gâchis d'une telle tuerie.
Le contrôle de ce commerce d'ailerons est très facile car ceux ci sont facilement reconnaissables. Ils sont grands et arrondis, avec une extrémité blanche distinctive.

Soutiennent cette proposition : Le Honduras représenté par son Ministre du développement durable, La Nouvelle Zélande, l'Irlande pour l'U.E., le Libéria (qui précise qu'ils n'a qu'un seul bateau de garde côtes. Le classement en annexe 2 permettra à la Cites d'aider ce pays de développer ses mesures de sauvegarde), les Bahamas (qui précisent que la pêche de ce requin est strictement interdite dans leurs eaux territoriales où ils viennent souvent se reposer), La Norvège, le Congo, le Nigeria, le Mali, le Venezuela (qui stipule que cette espèce est protégée chez lui), l'Australie (qui fait le commerce de cette espèce pour ses ailerons mais soutient cette proposition, facile à mettre en place sur son territoire), le Bénin et le Sénégal (qui met en valeur le gâchis de nourriture potentielle réalisé lorsque le requin est tué uniquement pour ses ailerons).

On note ici que lors d'une réunion pré-Cites au Ministère des affaires étrangères il avait été demandé que la France fasse un effort pour se faire représenter par une personne de première ordre a l'occasion de ce 40e anniversaire de la Cites. Or, l'ambassadeur délégué à l'environnement qui devrait présider la délégation française n'est même pas présent !
S'y opposent : le Japon (qui demande un vote a bulletin secret), St-Vincent et les Grenadines, le Nigeria, la Chine, Singapour et la Thaïlande.
Faute de consensus, cette proposition  est mise aux voix avec rappel de la demande du Japon pour un vote a bulletin secret (10 pays devant soutenir cette motion).

Le sujet requins semble fédérateur, car la salle plénière n°1 est remplie.
La motion  du Japon est retenue. Le vote a bulletin secret est lancé et doit obtenir les 2/3.
92 pays soit 68,66% ont voté "Oui", 42 pays soit 31,34% ont voté "Non", 8 abstentions.
La proposition est adoptée. C est une très bonne nouvelle.
Les USA, le Niger, le Congo, et le Chili demandent à ce que, pour une parfaite transparence, il soit noté qu'ils ont votés "Oui" afin d'envoyer un message fort vers le Japon.

Contrairement à la précédente CITES à Doha où nous avions assisté à une véritable domination des décisions, par les pays asiatiques, nous constatons à cette convention un véritable renversement qui rassure.
Enfin de nombreux pays, conscients des enjeux du développement durable à l'échelle planétaire, ont travaillé ensemble en amont à cette convention pour présenter des propositions de contrôles du commerce international. Certains aussi tiennent à s'opposer aux persistantes demandes notamment du japon d'avoir recours au vote à bulletin secret. Ce recours n'a aucun sens sauf à cacher l'achat de certains votes.
Il est clairement noté à cette 16e CITES, la volonté de transparence pour mieux collaborer et discuter et ainsi trouver des solutions durables convenant à la  majorité des parties.

Le requin marteau, le grand requin-marteau, le requin-marteau lisse

6 pays (Brésil, Colombie, Costa Rica, Équateur, Honduras et Mexique) associés aux 27+1 pays de l'Union Européenne proposent d'inscrire à l'annexe 2, trois espèces de requin marteau menacées d'extinction par la surexploitation pour le commerce des ailerons uniquement. (proposition 43).

Ces dernières, en l'absence de réglementation du commerce international, seront menacées d'extinction dans les 10 ans. Les ailerons se vendent à plus de 100 dollars US le kg sur le marché de Hongkong.
Entre 49.000 et 90.000 tonnes d'ailerons sont commercialisés chaque année, ce qui correspond à près de 3 millions de requins tués et rejetés à la mer après leur prélèvement. Le comportement de rassemblement de animaux les rend particulièrement vulnérables permettant la capture de bancs entier.
L'aileron de ces requins marteau est de forme triangulaire avec un grand nombre d'épines (cartilage).

Soutiennent cette proposition : la Sierra leone, les Comores, la Nouvelle Zélande (qui propose même une annexe 1), le Maroc, Les USA,  l'Argentine (qui souhaite que son soutien soit officiellement noté par souci de transparence), le Niger, la Somalie ; les Seychelles, les Maldives (qui a déjà voté une interdiction de chasse et créé un sanctuaire dans l'océan indien), le Canada (qui en fait le commerce mais souhaite le contrôler).
S'y opposent : Le Mozambique (qui précise qu'aucun requin n'est en voie d'extinction !), la Namibie, la Chine (qui indique qu'il sera impossible de faire appliquer les réglementations, les douaniers ne faisant pas la différence entre les différentes espèces), l'Inde, le Japon et le Ghana.
La Chine et le Cambodge demandent si il y a un vote, qu'il soit à bulletin secret. Cette motion est soutenue par plus de 10 pays,  il est donc procédé à un vote à bulletin secret.

70% (91 pays) ont voté "OUI", 30% (39 pays) ont votés "NON", 8 abstentions. La majorité des 2/3 est obtenue la proposition est acceptée.
Devant l'enthousiasme de la salle qui ne retient pas sa joie, de nombreux pays demandent la parole et insistent pour qu'il soit noté en toute transparence leur vote.
C'est le cas pour : les USA, les Comores, le Sénégal, le Paraguay, le Niger, le Congo, le Costa Rica, le Salvador, la Sierra Leone, le Mali, le Panama, le Chili, le Guatemala et le Honduras, chacun indiquant avoir voté "OUI". C'est un beau "pied de nez" au Japon et a la Chine qui comprennent qu'ils ne sont pas les rois du monde !

Le poisson-scie d'eau douce

L'Australie propose de transférer de l'annexe 2 vers l'annexe 1 le poisson-scie d'eau douce (proposition 45), et précise que pour une fois, elle présente une espèce qui n'a pas encore disparu !
L'Australie avait été le porteur de la suppression de plusieurs espèces aux annexes de la Cites qui ont malheureusement disparu comme  le tigre de Tasmanie, la roussette d'Okinawa, le wallaby à queue cornée, le rat-kangourou du désert et 2 bandicoots).
Le poisson-scie d'eau douce est en danger critique d'extinction, en raison de sa faible productivité et de sa population fragmentée. Il n'existe aucune donnée disponible sur la taille ou la tendance de la population. Cet animal est déjà considéré comme localement éteint dans la plupart de ses anciens territoires.
De nombreux pays soutiennent cette proposition. La Présidente relève un consensus et s'adresse au Japon pour lui demander si il s'y oppose.
HISTORIQUE !!!  Le Japon acculé par toutes les précédentes décisions et la forte opposition dont il est la cible indique qu'il ne souhaite pas s'opposer a un consensus.
La proposition est donc adoptée et le poisson scie-d'eau douce est donc transféré à l'annexe 1.

La raie manta

Le Brésil, la Colombie et l'Équateur proposent d'inscrire la raie manta à l'annexe 2 (proposition 46).
Ce sont des animaux majestueux pouvant atteindre 7 Mètres d'envergure. Ils peuvent vivre 40 ans et atteignent leur maturité sexuelle vers 10 ans seulement, ils ne donnent naissance qu'à un seul descendant tous les 2 à 5 ans.
Ces animaux sont victimes de la pêche pour le commerce de leurs lamelles branchiales. Ces branchies séchées sont vendues sur le marché chinois à raison de 21 tonnes par an, ce qui représente 4.652 raies manta tuées pour un montant de  5 millions de dollars US . Ce commerce ne fait actuellement l'objet d'aucune réglementation. Après arrachage de ces branchies, les animaux sont rejetés à la mer. Il existe d'autre part, un commerce d'animaux vivants pour les aquariums du monde entier.
Cette inscription à l'annexe 2 permettra de développer l'éco-tourisme comme le souahite la Colombie(activité estimée à 100 millions de dollars US par an). En effet, outre leur beauté, les raies manta n'évitent pas le contact avec les humains.
Les débats s'enchaînent mais il n'y a pas de consensus qui se dégage.
Le Cambodge s'y oppose et demande un vote a bulletin secret, ainsi que le Japon, la Chine, le Qatar, la Thaïlande, l'Uruguay.
L'Afrique du sud indique qu'il est invraisemblable de laisser une telle espèce aux mains d'une seule petite population alors que l'éco-tourisme pourrait profiter à tous.
En l'absence de consensus, la Présidente met donc au vote cette proposition, le bulletin secret est accepté. 89,67 % (96 pays) votent pour le "OUI", 19,33 % (23 pays) votent pour le "NON", 7 abstentions.

La raie manta est donc inscrite à l'annexe 2.
Une vingtaine de pays demandent encore la publication de leur vote. C'est une véritable "claque" pour le Japon et la Chine.

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