La France détruit ses stocks d’ivoire illicite | Fondation Brigitte Bardot
Photos Michel Pourny
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La France détruit ses stocks d’ivoire illicite

Un stock d'ivoire représentant une valeur d'un million d’euros a été détruit le 6 février à Paris...La France entend mener un plan d’actions contre les trafics.

En détruisant un stock d’environ trois tonnes d’ivoire (698 défenses brutes ou travaillées et 15 357 pièces) la France est le premier pays européen à procéder à une telle destruction depuis l’entrée en vigueur du moratoire sur le commerce de l’ivoire.

Une protection ambiguë pour l’éléphant d’Afrique

L’éléphant d’Afrique a été inscrit à l’Annexe I de la CITES* en octobre 1989, ce qui impliquait alors une interdiction du commerce international de l’ivoire. Toutefois, les populations du Zimbabwe, de la Namibie et du Botswana ont été transférées à l’Annexe II en 1997 (avec autorisation d’exporter 50 tonnes d’ivoire vers le Japon), puis la population d’éléphants d’Afrique du Sud a été transférée à l’Annexe II en 2000, avec là aussi une autorisation de commercialiser les stocks d’ivoire répertoriés.

La décision de 1989 a eu une forte répercussion sur les populations d’éléphants avec une chute immédiate du braconnage, mais l’actuelle disparité du statut de l’éléphant d’Afrique a eu pour conséquence une recrudescence du braconnage avec des conséquences dramatiques sur le terrain, tant pour les groupes d’éléphants que pour les gardes chargés de les protéger.

2013 l’année de tous les records

Pour le ministère de l’Ecologie, 2013 a été l’année la plus meurtrière pour l’éléphant d’Afrique depuis des décennies : « depuis 2009, le niveau de braconnage de l’éléphant n’a cessé d’augmenter témoignant d’un changement d’échelle et de l’implication du crime organisé ».

Les 3 tonnes d’ivoire détruites, en présence du ministre de l’Ecologie Philippe Martin et de Nicolas Hulot, ont été saisies par les services douaniers (Roissy essentiellement) et représentent une valeur de près d’un million d’euros. Désormais, les stocks illégaux d’ivoire saisis par la France seront systématiquement détruits afin d’envoyer un message fort, qui se veut dissuasif, aux trafiquants et acheteurs.

Destruction massive des stocks d’ivoire

L’action de la France s’inscrit dans une dynamique internationale initiée notamment par les Etats-Unis qui ont détruit, début novembre, 6 tonnes d’ivoire dans le cadre de la mise en œuvre du décret sur la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Début janvier la Chine a suivi en détruisant plus de 6 tonnes d’ivoire confisqué, initiative importante car la demande en ivoire de ce pays est considérée comme l’une des causes majeures du braconnage de l’éléphant. Enfin, le 23 janvier dernier, Hong Kong a annoncé la prochaine destruction de 28 tonnes d’ivoire saisies auprès de trafiquants.

La France s’engage

Le 5 décembre 2013, l’Elysée a organisé une table ronde réunissant plusieurs chefs d’Etats africains afin d’organiser la « lutte contre le braconnage d’éléphants et contre le trafic d’ivoire et d’autres espèces protégées ». Le Président François Hollande a présenté les grandes lignes du plan d’actions de la France qui passe notamment par un renforcement des moyens de répression.

Les infractions sont des délits actuellement passibles, au titre du Code de l’environnement, d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende ou, en cas de trafic en bande organisée, de 7 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Ces amendes vont prochainement être augmentées à 150 000 € et 750 000 € respectivement.

Après la drogue, la contrefaçon et le trafic d’êtres humains, le trafic des espèces menacées est le 4ème au monde. La criminalité organisée liée aux espèces sauvages est devenue une menace sérieuse, non seulement pour la conservation de la biodiversité, l’économie et le patrimoine culturel, mais aussi pour la sécurité et la stabilité politique de nombreux pays.

D’après le secrétariat CITES* le trafic d’espèces sauvages est estimé à plus de 14 milliards de dollars par an et dans le monde. Lors de la dernière session de la Conférence des Parties (Bangkok mars 2013), la CITES s’est alertée de l’escalade inquiétante de l’abattage illégal d’éléphants et de rhinocéros. En Afrique, les éléphants sont tués plus vite qu’ils ne peuvent se reproduire : le taux d’éléphants braconnés (7,4) est désormais supérieur au taux de renouvellement naturel de l’espèce (5 à 6%). Il resterait moins de 400 000 éléphants en Afrique alors qu’ils étaient encore 1,3 million à la fin des années 1970… A ce rythme, l’espèce aura disparue en 2050 !

25 millions d’euros pour soutenir des programmes de conservation

Pour 2014-2015, la France prévoit de poursuivre son effort dans la lutte contre le braconnage des éléphants et autres espèces menacées en Afrique Sub-saharienne, à hauteur de 25 millions d’euros dont 14 millions dans deux pays cibles, le Gabon et le Mozambique, dans le cadre de mécanismes de conversation de dettes.

Cette politique de la France est encourageante, elle s’inscrit d’ailleurs dans une préoccupation communautaire puisque le Parlement européen a adopté, le 15 janvier 2014, une résolution condamnant la criminalité faunique afin de lutter plus efficacement contre le braconnage.

Bardot et le Président

Brigitte Bardot et sa Fondation ont félicité le Président François Hollande pour son action, concrète, menée contre le braconnage des éléphants, la mise en œuvre du plan d’actions est une nécessité mais devra être suivi d’autres mesures. D’abord, il est impératif que toutes les populations d’éléphants soient inscrites à l’Annexe I de la CITES, l’actuelle confusion sur le statut de l’espèce profite aux trafiquants car en entrouvrant une porte, c’est tout l’ivoire braconné qui s’y engouffre.

La France peut aussi avoir une participation active sur le terrain, via une coopération des forces françaises présentes dans de nombreux pays où la guerre de l’ivoire fait de nombreuses victimes humaines et animales. L’appel de Brigitte Bardot dans ce sens n’a toujours pas été entendu…

La biodiversité européenne sacrifiée

Enfin, si on ne peut que saluer l’action de Philippe Martin pour la préservation de la biodiversité africaine, on ne peut que dénoncer la calamiteuse politique du gouvernement sur la préservation de la biodiversité européenne, on pense notamment au « plan loup » qui n’est qu’un plan d’abattage à peine maquillé, ou au scandaleux massacre prévu lors des « Ch’tis fox days », du 17 au 23 février, durant lesquels déterreurs, piégeurs, chasseurs seront invités à tuer le plus grand nombre de renards sans se préoccuper de l’état des populations ni des méthodes employées qui sont d’une totale barbarie.

En marge de l’opération de destruction des stocks d’ivoire, la Fondation Brigitte Bardot a transmis ce message au ministre de l’Ecologie, défendre la biodiversité passe par le respect des espèces, il est impératif de mettre un terme aux mesures d’abattage des loups, impératif également de supprimer la liste des « nuisibles » qui permet le piégeage, la mise à mort de nombreuses espèces tout au long de l’année alors que la seule espèce nuisible pour la nature… est l’homme !

* Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction

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