Interview exclusive de Paul Watson | Fondation Brigitte Bardot
Entretien exclusif avec Paul Watson
Entretien exclusif avec Paul Watson
Le Brigitte Bardot, justicier des mers !
Le Brigitte Bardot, justicier des mers !
"il n'y a pas un pays où j'aimerais être plus qu'en France" Paul Watson
Une icône, un combat...
Une icône, un combat...

Interview exclusive de Paul Watson

Combattant en exil...

Alors que la campagne 2012, Tolérance Zéro, contre les baleiniers japonais vient tout juste de commencer, Paul Watson a accepté de répondre aux questions de la Fondation Brigitte Bardot*.

Tout d’abord, merci Paul d’accepter cet échange car nous sommes nombreux à être scandalisés par l’injustice qui vous touche. Comment vivez-vous cet exil ?

Paul Watson : C'est un peu gênant et il a été assez compliqué de voyager autour de la planète sans passeport, mais je suis maintenant bien en place, aux commandes de mes navires et prêt à défier la flotte baleinière japonaise.

Je sais, pour l’avoir vécu lors d’une mission aux îles Féroé, que vos équipes sont totalement dévouées et prêtes à prendre tous les risques pour s’opposer aux massacres des animaux marins. Comment vivez-vous ce respect immense et cette admiration que vous portent vos équipages ?

PW : Ce n’est pas tant moi qu'ils suivent que leur propre passion pour la protection de la vie dans nos océans. Ils suivent leur propre passion pour l'action. Mon équipage est motivé par un amour profond et passionné pour la vie et la nature. Quand les gens critiquent le fait que mon équipe nest pas constituée de marins professionnels, ma réponse est que je n’en veux pas car je ne peux pas payer des professionnels pour faire ce que ces hommes et ces femmes font en tant que volontaires.

L’exploitation des milieux marins s’accentue toujours plus et toujours plus vite, il est difficile d’imaginer une amélioration de la situation. Où trouvez-vous la force d’y croire encore ?

PW : En 1973, j'ai servi comme infirmier pour l'American Indian Movement lors de la récupération de Wounded Knee (Dakota du Sud) où nous avons défendu nos positions pendant deux mois contre l'armée américaine. J'ai appris deux choses là-bas. La première c'est le courage et ce qui résume cela le mieux, c'est le cri de guerre Lakota "Hoka Hey", signifiant "C'est un bon jour pour mourir." Cela signifie que nous devons nous lever et défendre ce que nous aimons, ce en quoi nous croyons, peu importe la difficulté, voire le danger, nous devons nous battre avec tout notre cœur et ne pas nous rendre. La deuxième leçon que j'ai apprise est que nous ne devrions jamais être intimidés par la force de l'opposition. Nous faisons ce que nous faisons sans se soucier de gagner ou de perdre, mais parce que c'est la bonne chose à faire, la chose juste à faire. Et j'ai également constaté que quand je pars dans une campagne face à des forces supérieures, il est étonnant de voir combien de fois j'ai pu réaliser ce que beaucoup prétendait impossible à réaliser.

Sea Shepherd est présent au Japon pour s’opposer aux massacres de dauphins dans la baie de Taiji, vos navires défendent le sanctuaire antarctique contre les attaques des baleiniers japonais… Ce pays semble bénéficier d’une immunité pour détruire les espèces marines, n’y a-t-il pas un pays qui aura le courage de s’élever contre ces brigands des mers ?

PW : Il est vrai que le gouvernement japonais et les entreprises japonaises semblent être à la fois destructeurs de la nature et dédaigneux des préoccupations des citoyens dans le monde entier. Il s'agit d'une arrogance culturelle, mais les choses changent et Fukushima a montré que beaucoup de Japonais s'interrogent finalement sur leur gouvernement. Il ya six ans la plupart des Japonais n'étaient pas au courant de la chasse à la baleine dans l'océan Austral ou des massacres de dauphins à Taiji, mais nous l'avons porté à leur attention en les confrontant directement, ce qui a suscité un débat au Japon et provoqué également une polémique. Nous commençons à voir, sur ces questions spécifiques, les citoyens japonais se questionner à la fois sur le rôle de leur gouvernement et sur leur propre culture, ce qui est très encourageant. Malheureusement, le Japon est une grande puissance économique ce qui décourage les autres gouvernements à être critique en raison de la crainte de nuire aux relations commerciales. J'ai toujours pensé cependant que nous ne pouvons pas dépendre des gouvernements pour apporter des changements. Le changement vient de la passion des gens et ce sont les gens qui changent leurs gouvernements en leur donnant des coups de pieds et en les appelant à faire les bons choix.

La France a pris, au début des années 90, l’initiative du sanctuaire baleinier de l’océan Austral mais vos bateaux représentent la seule force d’intervention contre le braconnage. Brigitte Bardot a demandé au Président Hollande de reconnaître votre action et de vous accueillir, en France, comme le 1er réfugié politique écologiste. Michel Rocard, proche de notre Fondation, est également intervenu en votre faveur, êtes-vous confiant ?

PW : J'ai bon espoir et il n'y a pas un pays où j'aimerais être plus qu'en France, j’ai aussi bon espoir en Brigitte Bardot. Sachant l'icône qu'elle est en France, elle peut grandement aider à concrétiser ce projet.

Certains de nos sympathisants ont découvert votre organisation grâce au trimaran Brigitte Bardot qui a une place à part dans votre flotte. Après l’accident survenu en Antarctique l’année dernière, fera-t-il partie de la nouvelle expédition ?

PW : Le Brigitte Bardot a été réparé et rendu bien plus résistant qu'il ne l'était auparavant. Il participe à l'opération Tolérance Zéro et sera un élément très important de la campagne. Lors de la campagne 2010/2011, nous avons pu obtenir que les baleiniers japonais ne tuent que 17% du quota prévu. L'année dernière, sans le Brigitte Bardot, le quota de baleines tuées a augmenté de 9%, passant à 26% du quota prévu. Si le Brigitte Bardot n’avait pas subi de dommages, nous aurions obtenu le même succès que l'année précédente, voire mieux. Cette année, la Brigitte Bardot rejoindra le Steve Irwin, le Bob Barker et le nouvellement acquis Sam Simon dans une campagne qui, nous le croyons, pourra arrêter les baleiniers et faire baisser le quota de 100%. Au cours des deux dernières années, le Brigitte Bardot a aidé Sea Shepherd à sauver quelque 1500 baleines.

Merci encore d’avoir répondu à ces questions. L’antenne française de Sea Shepherd est très active et vous avez beaucoup de sympathisants ici, avez-vous un message à leur transmettre ?

PW : La France a une longue histoire tournée vers les océans, à commencer par Jules Verne puis via le grand Capitaine Jacques Cousteau et Albert Falco. Jacques Perrin nous a donné l’impressionnant film Oceans et des plongeurs français, des marins, des artistes ont été leaders de la cause de la conservation des océans pendant des décennies. Sea Shepherd France, sous la direction de Lamya Essemlali, est devenu une base très importante pour les opérations de Sea Shepherd. Le message de Sea Shepherd que j'ai pour la France et pour la Fondation Brigitte Bardot est tout simplement un grand merci de contribuer à rendre possible les interventions de nos navires pour la défense de la vie dans nos océans.

*Propos recueillis par Christophe Marie, Porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot

Paul Watson

"Si les océans meurent, nous mourrons"

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