Retour sur l’affaire Elisa Pilarski, tuée en forêt par des morsures de chiens pendant une chasse à courre

Retour sur l’affaire Elisa Pilarski, tuée en forêt par des morsures de chiens pendant une chasse à courre

×
Envoyer

L'article a bien été envoyé, merci !

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux !

  • Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski était tuée par de multiples morsures de chiens dans une forêt de l'Aisne. Au même endroit se tenait une chasse à courre. Plus de 3 mois après sa mort, l'enquête piétine...

    LES CIRCONSTANCES DU DRAME

    Elisa Pilarski, âgée de 29 ans et enceinte de 6 mois, a été retrouvée morte samedi 16 novembre 2019 dans l’après-midi le long d’un sentier en forêt de Retz, près de Saint-Pierre-Aigle (02). La jeune femme se promenait avec son chien Curtis, un croisé Lévrier whippet et Patterdale terrier, lorsque le drame est arrivé.

    Juste avant sa mort, la jeune femme avait appelé son compagnon sur son lieu de travail pour lui signaler son inquiétude face à la présence de chiens menaçants. Celui-ci avait alors immédiatement quitté son travail, à Roissy, pour la rejoindre. C’est lui qui a découvert son corps sans vie, comportant de multiples morsures de chiens. Entré dans la forêt, il avait été guidé par les aboiements de son chien Curtis, resté auprès d’elle, et alarmé par la présence d’une meute de chiens de chasse à courre sortant du ravin où il découvrira par la suite, le corps de sa compagne. 

    Premières constatations

    Le premier examen sur le corps mutilé de la victime a été pratiqué le lundi 18 novembre 2019 à l’institut médico-légal de Saint-Quentin. Il a été fait état de nombreuses morsures, probablement de plusieurs chiens différents.

    Dans un communiqué publié le lendemain, Frédéric Trinh, procureur de la république de Soissons, a indiqué que : « L’autopsie a permis de déterminer que le décès s’était produit entre 13 heures et 13h30 et avait pour origine une hémorragie consécutive à plusieurs morsures de chiens aux membres supérieurs et inférieurs, ainsi qu’à la tête, certaines morsures étant ante mortem et d’autres post mortem. »

    Ce n’est pas un, mais deux corps que les proches d’Elisa Pilarski ont récupérés à l’issue de l’autopsie : celui épouvantablement mutilé de cette future maman de 29 ans, mais aussi la dépouille du petit garçon qu’elle portait. Le couple avait décidé de l’appeler Enzo.

    Quant à Curtis, le chien du couple qui a assisté au drame, il est depuis placé à l’isolement dans la fourrière de Beauvais sur décision de justice. 

    Une chasse à courre à proximité

    Lors de l’attaque qui a coûté la vie à Elisa Pilarski, une chasse à courre organisée par l’équipage du Rallye la Passion et composée d’une meute de chiens de race Poitevin et Black and Tan avait lieu dans la forêt. 

    Le piqueux, qui dirige habituellement les chiens, était souffrant et c’est le maître d’équipage, dont ce n’est pas le travail, qui avait alors pris la responsabilité de la meute. 

    « Ce samedi 16 novembre, une chasse à courre a bien eu lieu dans la forêt de Villers-Cotterêts, comme tous les samedis » indique la compagne du maître d’équipage. Celui-ci a été placé à sa demande sous le statut de témoin assisté, ce qui lui permet d’avoir accès au dossier.

    fondation brigitte bardotchasse a courre elisa pilarski
    Chasse à courre © Creative Commons/Phil du Valois

    LE TÉMOIGNAGE DU COMPAGNON D'ELISA

    Le témoignage poignant de Christophe Ellul, le compagnon d’Elisa Pilarski, décrit l’appel au secours de sa femme : « Elle m’a appelé au travail, raconte-t-il. Elle était attaquée par plusieurs chiens, elle se faisait mordre au bras et à la jambe et elle n’arrivait pas à tenir Curtis. Je lui ai dit de lâcher le chien. »

    Pour lui, la responsabilité de la meute de chiens qui participait à une chasse à courre à proximité ne fait aucun doute :
    « J’appelais ma femme et Curtis, puis Curtis a aboyé. Il était dans un fossé. J’ai vu débouler trente chiens de chasse. Je me suis écarté. Ils sont passés devant moi, deux se sont approchés, mais ne m’ont rien fait. Ils sont partis rejoindre la meute. J’ai rappelé Curtis, qui a fait trois mètres, mais qui n’est pas venu. Il a contourné ce que je pensais être un tronc d’arbre et il est resté stoïque. Je me suis précipité et je me suis aperçu que c’était le ventre de ma femme que je voyais ».

    Une enquête qui interroge…

    Une information judiciaire contre X a été ouverte pour « homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence (…) résultant de l’agression commise par des chiens ». 

    Elle a été confiée à la section de recherche de la gendarmerie d’Amiens, assistée dans ses débuts par les gendarmes de la compagnie de Soissons, qui ont procédé aux auditions dans leurs locaux. Tout cela malgré la présence au sein de l’équipage de chasse à courre du commandant du groupement départemental de gendarmerie de l’Aisne le jour même du drame. La gendarmerie a rapidement été dessaisie de l’affaire au profit du Service régional de police judiciaire de Creil.

    Dès le début de l’enquête, le procureur a souligné que les nombreuses investigations techniques devaient permettre de déterminer l’origine de ces morsures. L’autopsie devait en effet montrer si les observations du médecin légiste étaient correctes et déterminer le nombre d’animaux responsables de la mort. Information toujours inconnue à ce jour…

    Dans les premières communications, le parquet précise tout d’abord que « des prélèvements ADN ont été effectués sur 93 chiens, dont ceux appartenant à la victime», qui en possédait cinq au total, ainsi que d’autres « ayant participé à une chasse à courre organisée à proximité ». Il s’agit « notamment d’identifier le ou les chiens mordeurs ». 

    Pourtant, par la suite, le procureur indique dans un autre communiqué que sur l’enquête en elle-même, il n’y avait pas 93 mais 67 chiens qui ont fait l’objet de prélèvements. Les 5 chiens du couple et les 62 chiens du Rallye de la passion. Avant d’ajouter que « l’ampleur du nombre d’analyses et de rapprochements génétiques va différer de plusieurs jours la date de retour des résultats de ceux-ci ». 

    Le résultat des analyses ADN des 67 chiens étaient alors annoncés pour février.

    elisa pelarski curtis enquete chasse a courre
    Elisa Pilarski et son chien Curtis - Photo Facebook/DR

    DES PRÉLèVEMENTS adn toujours pas analysÉs

    Fin février, les prélèvements ADN et salivaires des chiens impliqués dans l’affaire n’ont toujours pas été envoyés au laboratoire pour être analysés, le coût étant jugé trop élevé par la justice… Un nouveau devis a été demandé à un laboratoire concurrent par la juge d’instruction de Soissons. Les résultats, qui pourraient permettre d’identifier le ou les chiens responsables de la mort d’Elisa Pilarski, ne seront donc pas connus avant des mois.

    Lundi dernier, Maître Alexandre Novion, l’avocat du compagnon de la victime, écrivait à la juge d’instruction pour l’interroger précisément sur le devenir de ces analyses, pourtant annoncées comme prioritaires par le procureur de la République de Soissons. « Ces expertises sont coûteuses », admet l’avocat de Christophe Ellul, « mais rien ne vaut une vie ».

    DES HABITANTS inquiets

    Les habitants du village de Saint-Pierre-Aigle, qui vivent en lisière de la forêt de Retz, expliquent qu’ils ne s’y aventurent plus, ou peu, dès l’ouverture de la chasse. Une mère de famille explique : « Le problème, c’est que nous ne savons jamais quand la chasse a lieu. Nous sommes déjà allés voir en mairie pour savoir, mais nous n’avons pas l’information. En fait, nous savons quand il y a la chasse à courre quand on voit les cavaliers dans le village et quand on entend les chiens aboyer. Il n’y a pas de panneau, car une chasse à courre, c’est très étendu. »

    Les habitants de ce village ne sont pas sereins, car il arrive « fréquemment de retrouver des chiens de la meute de chasse à courre perdus. On en voit un de temps en temps passer, égaré. Ils ne sont jamais agressifs, mais je reste prudente avec les enfants. On ne sort pas. »

    Une affaire qui dérange

    Alors que l’enquête est toujours en cours, de nombreux médias accusent depuis plusieurs semaines le chien du couple, Curtis, via des affirmations non fondées et des reportages aux titres racoleurs, comme « Elisa Pilarski et le mystère du chien tueur ».

    Lassé des accusations dans la presse à l’encontre de son chien, Christophe Ellul a posté la semaine dernière un long message sur Facebook pour le disculper, notamment d’une morsure qu’il aurait faite à Elisa quelques mois avant sa mort. Il s’agirait en réalité d’une morsure de chat attestée par un certificat médical.

    Face à ce sujet devenu récurrent dans les médias, et sous la pression de l’opinion publique, le procureur Frédéric Trinh a tenu à s’exprimer le lundi 24 février 2020 par voie de communiqué : « Le rapport d’autopsie a confirmé que le décès d’Elisa Pilarski était survenu suite à un choc hémorragique consécutif à de multiples plaies, dont les caractéristiques suggéraient l’action d’un, ou plus probablement de plusieurs chiens au regard de la répartition des plaies, de leurs différences de morphologies et de leurs profondeurs, sans qu’il soit possible de dénombrer les animaux en raison des nombreuses morsures intriquées dans une même zone. Le légiste a situé l’heure du décès aux environs de 13h30 avec un intervalle de confiance de 2 heures ». 

    Et d’ajouter : « Il est rappelé qu’à ce stade des investigations, alors qu’il n’existe aucune certitude sur le déroulement précis des faits qui ont conduit au décès de Madame Pilarski, l’institution judiciaire tient à ce que soit respectée la demande de la famille de la défunte auprès du juge d’instruction et qu’il soit fait preuve de circonspection dans les modalités de communication ».

    Le magistrat précise que la juge d’instruction « a saisi deux vétérinaires aux fins de réaliser une expertise comportementale du chien Curtis et une analyse des morsures constatées sur le corps d’Elisa Pilarski pour déterminer la race du ou des chiens en cause. » Il ajoute qu’elle a, par ailleurs, « saisi un expert en chasse aux fins d’apporter un éclairage sur le déroulement de la chasse à courre organisée à proximité. »

    LA POSITION DE LA FONDATION BRIGITTE BARDOT

    Dès le 19 novembre 2019, Brigitte Bardot écrivait à la Ministre Elisabeth Borne pour demander la suspension immédiate de toute autorisation de chasse à courre. Un appel qui n’a malheureusement pas été entendu, malgré la gravité des faits et le soutien d’une très large majorité des Français, preuve de la permissivité du gouvernement à l’égard les chasseurs.

    La Fondation Brigitte Bardot demande depuis le début de l’affaire que Curtis soit transféré dans une structure adaptée, avec des professionnels compétents, aptes à gérer de manière adéquate son traumatisme, en attendant les conclusions de l’analyse des prélèvements ADN qui, selon le procureur, ne sont pas attendues avant la fin du premier semestre 2020.

    Crédit photo bannière : Elisa Pilarski et son chien Curtis(photo Facebook/DR).

  • Fermer le menu
    X